par Tamar Beeri et Lina Obeid
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son principal rival, Gadi Eisenkot, s'opposant tous deux à la création d'un État palestinien indépendant, les élections de la semaine prochaine ont peu de chance de relancer le processus de paix quelque soit leur issue.
Trois ans après les attaques du 7-Octobre menées par le Hamas, les deux hommes de disent également prêts à reprendre la guerre dans la bande de Gaza si le groupe islamiste palestinien n'accepte pas de déposer les armes.
Leurs positions sont en revanche moins alignées sur l'attitude à adopter face à la colonisation en Cisjordanie occupée, même si leur politique en la matière dépendra des partis sur lesquels ils devront s'appuyer pour former une coalition gouvernementale.
Voici un résumé des prises de position des deux candidats au poste de Premier ministre sur la question palestinienne :
COLONIES EN CISJORDANIE OCCUPÉE
Considérées comme illégales par la quasi totalité de la communauté internationale, les colonies de Cisjordanie occupée se sont développées à un rythme sans précédent ces dernières années, avec le soutien actif de l'actuelle coalition gouvernementale, la plus à droite de l'histoire d'Israël.
Parallèlement aux colonies approuvées par l'État, des avant-postes illégaux ont également proliféré et les colons les plus extrémistes ont multiplié les attaques violentes contre les villageois palestiniens.
Ancien chef d'état-major de l'armée, Gadi Eisenkot s'est dit favorable à la colonisation mais il s'oppose à la décision du gouvernement Netanyahu d'autoriser des constructions dans une bande de territoire connue sous le nom de E1, qui aurait pour conséquence de couper la Cisjordanie en deux et la séparer de Jérusalem-Est, rendant la création d'un État palestinien encore plus difficile.
Ce projet avait auparavant été gelé suite aux objections des États-Unis et de l'Union européenne.
Selon Gadi Eisenkot, la colonisation doit être conforme aux intérêts nationaux d'Israël et "légale". Cela laisse entendre une opposition aux "avant-postes" utilisés par les colons pour harceler les Palestiniens.
Dans une interview accordée en août à Israel Hayom, le chef de file de l'opposition a estimé que l'attitude des ministres d'extrême-droite Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, tous deux représentants des colons et sanctionnés par plusieurs pays pour incitation à la violence contre les Palestiniens, "associée aux actes de violence commis par des colons contre les Palestiniens, érode la légitimité internationale d'Israël et met en péril l'ensemble du projet de colonisation".
ÉTAT PALESTINIEN
Tant Benjamin Netanyahu que Gadi Eisenkot s'opposent à la création d'un État palestinien, excluant de fait la solution à deux Etats promue par l'Onu pour mettre fin au conflit.
"Il n'y aura jamais d'État palestinien. Ce territoire nous appartient", a déclaré Benjamin Netanyahu dans un discours l'année dernière.
"Deux États pour deux peuples, c'est une erreur", a déclaré pour sa part Gadi Eisenkot dans une récente interview.
Tous deux affirment qu'Israël doit contrôler tout le territoire allant du Jourdain à la mer Méditerranée.
BANDE DE GAZA
Benjamin Netanyahu et Gadi Eisenkot se disent tous deux déterminés à voir le Hamas désarmé et écarté du pouvoir dans la bande de Gaza, dont une grande partie a été rasée par l'armée israélienne depuis les attaques du 7-Octobre.
Trois ans après ce traumatisme pour la société israélienne, Tsahal occupe plus de la moitié de l'enclave palestinienne et mène des attaques quasi quotidiennes contre ce qu'elle présente comme des "menaces", malgré un cessez-le-feu négocié par les États-Unis l'année dernière.
En juillet, Donald Trump a présenté une feuille de route selon laquelle le Hamas remettrait ses armes à un nouvel organe gouvernemental palestinien soutenu par les États-Unis, dans le cadre d'un processus prévoyant un retrait progressif de l'armée israélienne et la reconstruction de Gaza.
Benjamin Netanyahu a rejeté ce plan américain, déclarant qu'Israël "ne procédera à aucun retrait tant que le Hamas ne sera pas (totalement) désarmé". Il a également affirmé que la reconstruction ne débuterait pas avant le désarmement du Hamas.
Le Premier ministre israélien s'est par ailleurs dit favorable à ce qu'il appelle la "migration volontaire" des Gazaouis vers d'autres pays, tout en niant toute intention de forcer la population à partir.
Gadi Eisenkot ne préconise pas l'expulsion de la population de Gaza. Il critique la quête de "victoire totale" de Benjamin Netanyahu et estime qu'Israël aurait dû se concentrer sur la neutralisation du Hamas.
"Nous aurions dû nous contenter de détruire le pouvoir militaire et gouvernemental du Hamas, de garantir la mise en place d'un gouvernement différent, puis d'entamer un très long processus de changement fondamental dans la bande de Gaza, afin de faire en sorte que ce qui s'est passé le 7-Octobre ne se reproduise plus jamais", a-t-il déclaré ce mois-ci à la chaîne israélienne Channel 7.
L'ancien chef d'état-major soutient que s'il devient Premier ministre, "le Hamas ne contrôlera plus la bande de Gaza" dans les 18 mois qui suivront son arrivée au pouvoir.
CHOIX DES PARTENAIRES DE COALITION
Pour se maintenir au pouvoir, Benjamin Netanyahu devrait conserver le soutien de ses alliés d'extrême droite, ce qui n'augure d'aucune inflexion sur la question palestinienne. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, nie l'existence même du peuple palestinien et plaide pour la construction de colonies à Gaza, tandis que le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben-Gvir, veut purement et simplement annexer l'enclave.
Pour former un gouvernement, Gadi Eisenkot aurait besoin du soutien de divers partis centristes et de gauche, dont celui de l'ancien parti travailliste, appelé aujourd'hui Démocrates. Son dirigeant, l'ancien général Yaïr Golan, a appelé au retrait israélien de Gaza et à une position plus ferme contre les violences des colons. Il est favorable à la solution à deux Etats, jugeant impossible la cohabitation entre Juifs et Arabes au sein d'un même Etat, et estime qu'un accord de paix avec les Palestiniens est dans l'intérêt de la sécurité d'Israël.
(Version française Tangi Salaün, édité par Benoît Van Overstraeten)

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